Un départ au Japon sans trop savoir pourquoi, une arrivée à Tokyo avec à peine deux ans de Japonais dans les jambes.
Première sortie du logis familial, premier envol en avion, premier séjour à l'étranger.
Un parachutage avec pour premier compagnon ses impressions.
Un récit de voyage au travers des yeux égarés d'un étranger qui, à ne pas en douter, devra se contenter d'un Japon vu de loin, de haut, d'un Japon vu du ciel.
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É-pin-glé.
Voilà comment j'étais ce matin. Fraîchement rasé, chemise sérieuse, chaussures sérieuses en cuir, pantalon noir sérieux, j'avais même cherché les chaussettes les plus sérieuses que j'avais !
Tout ça pour mon premier entretien d'embauche au Japon, pour donner des leçons de Français dans une école indienne internationale (on trouve de tout sur le net). Préparation mentale, assouplissement de la langue, j'étais paré !
Seul hic, l'école se trouve à l'opposé de Hachioji-shi où j'habite, à l'autre bout de Tokyo ! Mais la perspective d'un bon salaire (école privée) et le doux rêves d'horaires rapprochés, me voilà partit à l'aveuglette dans la toile de trains Japonais. Et là sans assistance ni filet !
Résultat, 2h30 de trajet, du temps perdu dans un express qui n'en était pas un, du temps perdu à se perdre dans Shinjuku, tout ça pour se perdre dans le quartier dans le quartier de l'école (mais pourquoi fichtre les rues n'ont pas de nom ici !!). Résultat, 15mn de retard, donc mal parti.
Et mal arrivé, à peine débarqué on m'annonce qu'ils ne recherchent que du plein temps. Alors que l'annonce spécifiait mi-temps ET plein temps. 2h30 (aller, pas retour) de trajet pour que dalle, pas question de ne serait-ce que postuler pour le poste, j'ai des cours aussi ! Pourquoi ne m'ont-ils pas prévenus par téléphone ces salopiauds !
Entretien de moins de minutes, tout le monde sait autour de moi que j'ai été recalé, on me sourit et j'ai envie de fondre entre les pores du bâtiment, de rejoindre les égouts et de me laisser couler jusqu'à la mer.
Prendre un remontant, un distributeur de soda au coin, un cola pour se ressourcer comme à la télé !
Mais au moment d'ouvrir la bouteille, la mousse remonte d'un coup. J'ai le temps de la voir escalader à toute vitesse la bouteille, je vois la catastrophe arriver, j'ai même le temps de calculer la meilleure approche !
Et au lieu de choisir la plus amusante qui aurait consister à jeter la bouteille dans la poussette qui patientait au passage piéton à mes côtés; je regarde la mousse monter, et au dernier moment, trop tard, je précipite ma bouche sur le goulot.
Résultat je salope comme prévu mon pantalon et mes chaussures, et en bonus je m'éclate les dents sur le plastique du goulot.
Puis le retour, cette foutue machine électronique qui me rend pas la monnaie de mon ticket, ce métro qui ne me prévient pas que je m'endore et qui se moque de moi lorsque je débarque bêtement au terminus, ce portique qui me redemande des sous pour payer le détour, ce train sans places assises, et cette angoisse continue de me reperdre à nouveau...
Quelle journée !!
(quoi la photo n'a rien à voir ?! Je n'allais pas me prendre affoler entrain de m'insulter mentalement !)
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Dimanche soir, appartement glacé, télévision vient m'aider !
Et voilà sur quoi je tombe : un super concert de J-pop (la pop Japonaise) !
Je n'ai pas tout compris, mais il y avait au moins une douzaine de "chanteuses" qui défilaient par paquet de trois, de deux, de dix sur un scène assez spéciale, placée au centre de la salle, un rectangle traversé d'un axe, le tout surélevé. Et seuls les cotés du rectangles faisaient office de scène (soir à peu près cette forme : [|]). Tout au long de ces passerelles, les "chanteuses" réalisaient leurs chorégraphies en changeant régulièrement de côté pour que toutes la salle puisse en profiter, la veinarde.
Je précise bien "chanteuses", car autant elles peuvent tout à fait avoir elles-mêmes chanté en studio, il fallait être totalement candide pour ne serait-ce qu'une seconde croire qu'elles chantaient elles-mêmes au cours du concert. Du playback intégral, à peine masqué, même moi qui ne parle pas Japonais, j'arrivais à voir qu'elles ne bougeaient pas leurs lèvres en synchronisation avec les paroles (d'ailleurs, quand les lèvres restent figées en sourire, c'est dur de chanter un complet non ?).
Et la faute à qui ? La faute à des chorégraphies impossibles, réalisées à deux cents à l'heure, n'importe qui de normal se serait écroulé au bout d'une (de là à dire qu'elle se dope). Alors, pensez, chanter en même temps ! Déjà que cela semblait difficile de sourire en permanence, on ne peut pas tout faire à la fois non plus.
Les "danseuses" (j'ai pas dit que cela ressemblait à de la danse non plus) se ressemblaient toutes, si bien que c'était un véritable cours de coiffure, puisque seule leur capilosité pouvait les différencier des unes des autres. J'ai ainsi pu apprécier la nuances du chignon excentré à gauche, à droite, avec des mèches...
Finalement, le plus marquant dans ce concert, aura été encore le public en lui-même, visiblement en osmose avec les piétinements frénétiques des miss, agitant avec ferveurs des centaines de tubes fluorescents de toutes les couleurs, donnant à la l'assemblée des tons acidulés de bonbons chimiques.
Public majoritairement masculin à ce que j'ai pu voir, sûrement charmé par les mimiques enfantines insistantes de ces jeunes femmes, toujours jambes à l'air mais jamais suggestives, propres sur elles mais en même temps, sur elles, pas grand chose non plus. Loin des déhanchés explicites de J-lo, Minogue et autres.. Et pourtant, un certain malaise, peut-être de la paranoïa, mais encore l'impression d'assister à une nouvelle manifestation du culte de la femme-enfant.
(oui la photo est pourrie, mais je n'allais pas aller sur place au concert pour vos beaux yeux !)
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Chaque fois que l'on veux prendre une vue d'ensemble au Japon, il faut tenir compte du penchant irrépressible des électriciens Japonais à dresser des guirlandes de fils de part et autre de la ville.
Ces maillages complexes sont aujourd'hui à l'honneur, à défaut de pouvoir passer outre !
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On construit une maison pas loin de chez moi. Les ouvriés, avant même de commencer les travaux ont tout d'abrd entouré la propriéré de grilles métalliques, avant de dresser de grandes tolles de fer.
Il y avait à la place du chantier un joli jardin privé, ce genre de jardin commençant à devenir sauvage et où les herbes folles donnent ce petit quelque chose qui fait d'un jardin polissé et maîtrisé un jardin vivant.
De grands bambous vivaient aussi, à la place du chantier, des arbres, des fleurs, cétait un joli jardin.
Quand je vois ce grand mur de métallique, je ne peux pas m'empêcher d'y voir un voile de pudeur. J'imagine les ouviers, chagrinés de devoir mutiler le jardin au yeux de tous, qui préfèrent besogner caché. J'imagine qu'ils vont tout couper en petits morceaux pour ne pas que l'on devine ce que contiennent les camions qui entrent et sortent. J'imagine un religeux accompagnant dans leurs dernières heures chaque pétales de fleur.
J'imagine mais je ne vois pas, les rideux de fer se dressent là où tout est possible.
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Quelques offrandes et une nouvelle divinité au panthéon des possibilités.
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